à quoi ça sert de partir en retraite?

Avril 2016

Il est difficile de restituer l’expérience d’une retraite de plusieurs mois dans un article. Je me suis demandée longtemps ce que j’allais bien pouvoir raconter. J’attendais que les mots viennent et les semaines ont défilé sans que rien n’émerge.

Un jour, cela faisait déjà 1 mois et demi que j’étais à Spirit Rock*, la pluie tombait sans interruption depuis plus de 10 jours déjà et la plupart d’entre nous avait pris le parti de continuer les méditations marchées dehors, bien couverts avec un parapluie.

Je précise que dans ce contexte nous marchons très, très, très lentement, car il ne s’agit pas d’aller quelque part, mais de développer la même qualité de présence et de concentration que dans l’assise.

Tandis que je nous regardais avancer à pas de tortue (concrètement sous des torrents de flotte mais comme si de rien n’était), j’ai repensé à ce qu’on m’avait dit juste avant de partir : « ah oui ? Et cela te plaît de faire cela ? » J’ai éclaté de rire et l’article « à quoi ça sert de partir en retraite ? » est venu en quelques minutes. Je vous le livre tel quel.

On se fait parfois toute une idée de ce qu’est une retraite. Nous, qui partons, mais aussi ceux qui nous voit partir. On imagine une transformation extra-ordinaire, on pense revenir totalement transformé, empreint d’une grande sagesse qui nous permettra d’avoir du recul dans chaque chose de la vie… On m’a dit « tu pars 2 mois ? C’est incroyable, tu vas avoir une aura visible à plusieurs mètres ! »

Et bien, non. Mon aura est toujours bien en place et je vous rassure, personne ne se retourne sur mon passage dans la rue. Je ne peux malheureusement pas me faire pousser la barbe, (ce qui est un signe indiscutable de sagesse).

Vous êtes déçus ? Mais alors, à quoi ça sert une retraite ?

En gros, le programme de la journée est une variation d’horaires autour de méditations assises, de méditations marchées + les temps pour les repas et les enseignements. Tout est en silence, sans distraction (pas de lectures, ordinateurs ou téléphones) et cela demande au départ un véritable ajustement tant notre société est construite autour du divertissement et du remplissage.

En retraite les heures passent et nous explorons ce qui est présent, d’instant en instant. C’est tout?  A peu près, oui.

Parfois nous vivons de beaux états de paix, de joie, de compassion, d’équanimité… et parfois c’est l’inverse. Même si on médite depuis des années, notre esprit a sa vie propre et il aime s’emballer, nous étourdir d’histoires passées que l’on connaît par cœur ou encore de projections futures… Méditer n’est pas l’antidote pour ne plus penser. Oups, une idée reçue qui tombe.

Mais alors franchement, à quoi ça sert de partir en retraite ?

« Quand nous commençons à faire attention à notre expérience intérieure, nous découvrons rapidement qu’il y a des pensées, des sentiments et des situations auxquels notre esprit semble vouloir s’agripper. S’ils sont agréables, nous essayons de les prolonger, s’ils sont désagréables, de nous en débarrasser. Le lâcher-prise est une façon de laisser les choses être telles qu’elles sont. » Au coeur de la tourmente, la pleine conscience, Jon Kabat-Zinn.

Ce qui se développe au fil du temps est la capacité à être conscient de ce qui se passe en soi, dans son corps et ses pensées, dans ses sensations et émotions, à observer sans juger et à rester avec ce qui est là, présent en nous quoique ce soit.

Partir en longue retraite pour méditer ne permet pas de se débarrasser de ce qui nous gêne. Cela n’enlève pas les blessures de la vie. J’ai toujours un trou dans la poitrine laissé par le décès de mon frère. La méditation ne va pas le combler mais elle va l’accepter et aider à redéployer les tissus autour pour retrouver une souplesse dans ce qui a été sidéré et rigidifié par le choc. Elle va lui donner de l’espace. Alors le trou n’est plus le seul élément présent. Autour il y a aussi du calme, de la joie, des agacements, de l’amour… Autour il y a toute une vie qui est là et s’exprime dans sa complexité et sa richesse émotionnelle.

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace, dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse, et dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté ». J’aime beaucoup cette phrase de Viktor Frankl.

La méditation ouvre cet espace où tout est présent, où tout est vu sans être rejeté, détourné, anesthésié. De là peut émerger un choix conscient. Les grandes décisions dans ma vie ont été lors de ces moments « spacieux » en connexion avec l’être. Et parce qu’on est plus en relation avec soi, avec notre intériorité, on est plus en relation avec l’autre et avec la vie. Méditer est une reconnexion à notre ancrage interne, pour qu’alors cette richesse qui habite chacun d’entre nous soit réfléchie au dehors.

La transformation intérieure qui s’opère dans une longue retraite n’est pas précédée par des tambours battants et des clarinettes. Elle n’a pas son petit cortège de drapeaux colorés en guise de célébration. Elle est discrète, silencieuse, comme une fleur que l’on retrouve ouverte après l’avoir quittée en bourgeon.

Alors, à quoi ça sert de partir en retraite ? A retrouver sa liberté d’être.

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