Construire en cob

L’art de construire sobrement

Nous sommes 29, venus d’un peu partout des US (et de France), motivés par l’envie d’apprendre de nouvelles façons d’habiter la terre, plus respectueuses de l’environnement, à la fois éphémères et durables.

Nous commençons le chantier par la fabrication de cob*.C’est sympa à voir comme cela en photo, on imagine la convivialité et peut-être un brin de musique pour donner le rythme.

Malaxer les pieds nus le cob a certes  de multiples avantages thérapeutiques (travail d’ancrage, élimination des toxines grâce à l’argile, massage des points réflexes, apprentissage de la coopération car on fait tout cela à plusieurs, etc.) mais c’est aussi très physique, sans compter la multitude de petits cailloux tranchants qui ne manquent pas de s’inviter dans la danse. Alors rapidement la question fuse:
« Et si on utilisait un mélangeur ? »
« On vous en parlera plus tard dans la semaine »
, nous répond Sasha, la formatrice qui pilote le chantier, en détournant habilement le sujet.

Nous sommes tous novices et faisons confiance: nous malaxons gaiement le jour tout en dormant (très) bien la nuit. Bientôt la texture du cob n’a plus de secret pour nos pieds, qui savent reconnaître il y a assez d’eau, de paille, ou pas.

Nous alternons la fabrication avec la pose. Les premiers murs naissent.

Comme nous sommes nombreux, le chantier avance bien et nous regardons fièrement les centimètres s’empiler. Voici l’état d’avancement du chantier, le deuxième jour:

Construire

Un après-midi, en revenant sur le site après la pause déjeuner, nous découvrons un tas de cob tout prêt, dont le volume est équivalent à toute notre production depuis notre arrivée. Le moment de surprise passé, nous accueillons avec joie notre nouvel meilleur ami: le tracteur.

À partir de là, on passe réellement en mode de construction et les murs montent rapidement.

En 5 jours (sans travailler à temps plein car nous avons aussi pas mal de cours théoriques), on finit les masses en intégrant les tuyaux pour l’électricité, les cadres pour les fenêtres et les portes et les attaches du toit.
Le bâtiment final, d’environs 30m2, est destiné à devenir une salle de répétition et de concert pour le Cuyama Mama Band, le groupe local.

Pas mal, non?

Design

Dans ce que nous avons réalisé, il n’y a pas d’ossature bois. Les murs de 40 cm de large garantissent une bonne masse thermique nécessaire aux maisons passives et peuvent supporter sans difficulté le poids du toit. Le bâtiment se sculpte en se construisant.

Nous avons visité les autres maisons de Quail Spring, certaines sont toutes en cob, d’autres ont une structure en bois remplie par des bottes de paille + un enduit terre. Le rendu est très différent, autant dans l’esthétique que les sensations. Je dirai que les utilisations de l’un ou l’autre mode de construction dépend de la fonction du bâti. Dans les ossatures bois, la droite amène le principe masculin, la pensée. Avec le cob, la courbe domine, le principe féminin aussi. C’est accueillant, enveloppant, fluide.

Il y a quelque chose de particulier à être entouré de terre. Comme dans une grotte, le temps prend une autre dimension, on « descend en soi » plus facilement. Je me suis sentie bien dans ces maisons, en paix.

Et puis… C’est beau.

En guise de conclusion

Construire en terre est l’une des plus anciennes façon d’habiter notre planète. Encore aujourd’hui, près de 30% des maisons dans le monde sont en terre.

En Europe, on a abandonné ce mode de construction au lendemain de la seconde guerre mondiale pour privilégier des procédés plus rapides. Le savoir-faire a été malheureusement largement perdu.

Dans la recherche de simplicité, il me parait important de renouer avec ce mode de construction qui puise ses matériaux dans les ressources locales, respecte l’environnement et crée du lien social.

En savoir plus :

*Le cob : kesaco?
Pour faire du cob il faut 4 ingrédient : de l’argile, du sable, de la paille et de l’eau. Cette technique de construction a été développée par Ianto Evans, un enseignant en architecture nord-américain ayant beaucoup voyagé dans les pays où la terre est le principal matériaux de construction.