Construire en super adobe

Construire simplement

« I believe shelter is a human right and every person can build a home. »
Autour de cette phrase, on retrouve toute la démarche et la philosophie de Nader Khalili, créateur des structures en super adobe.

Avant même de découvrir les formes de ces maisons en sacs de terre, j’ai été touchée par les engagements de cet architecte irano-américain. Connaitre son histoire de vie permet de comprendre ses motivations profondes à designer des abris que l’on peut construire un jour pour être logé rapidement dans le cas de catastrophes naturelles.

Pour Nader Khalili, il ne devrait pas être nécessaire d’être architecte pour construire sa maison. A partir de cette pensée radicale, il a cherché à simplifier les processus de construction.

Après avoir construit des gratte-ciel pendant 25 ans, il décide d’arrêter et passe 5 ans dans le désert à observer comment les peuples de la terre construisent de manière traditionnelle. Puis, il achète un bout de terre dont personne ne veut (et pour cause: le terrain est situé en plein haut désert californien, sans eau, sans électricité, sans végétation hormis des buissons secs et totalement isolé) pour en faire un lieu de recherches et d’expérimentations. Sur cette terre de sable et de roche est né l’institut Cal Earth.

Inspiration

« La terre devient de l’or entre les mains du sage » Rumi.

Le poète mystique persan Rumi est une grande source d’inspiration pour Khalili. Il comprend à la lecture de ses poèmes l’importance des lien entre les éléments : la terre, l’eau, l’air, le feu, qu’il intègre à ses constructions.

Au fur et à mesure, les abris temporaires, dômes de terre, évoluent vers de petites maisons construites en plusieurs jours, pour un coût dérisoire. Il ne faut que la terre, de l’eau, de l’entraide et quelques outils (brouettes, pelles, seaux en plastique, sacs en polypropylène et fil barbelé) qui se retrouvent partout dans le monde.

Les techniques sont simples et peuvent s’apprendre rapidement. Après une journée, on se sent suffisamment à l’aise pour être autonome dans la construction de petits éléments, certes pas encore une maison complète avec un dôme, ça c’est l’étape d’après.

En gros, voici le processus. D’abord, creuser.

Puis mélanger la terre avec de l’eau (et parfois du ciment selon la destination du sac dans le bâti).

Préparer les sacs.

Remplir le sac de terre et la tasser avec une masse pour qu’elle soit bien compactée.

Entre chaque couche de sac, on intègre un fil de fer barbelé, pour une meilleure résistance aux tensions. Il est intéressant de savoir que lors du dernier tremblement de terre au Népal, toutes les structures en super adobe sont restées intactes là où les autres maisons se sont effondrées.

Une fois les sacs assemblés, il faut enduire. Cette dernière étape est essentielle pour l’esthétique comme la protection contre les intempéries.

(Je précise que sur de nombreuses photos, on voit les lignes de sacs apparentes. Cal Earth étant un centre de recherche et d’éducation, tout ce qui est construit n’est pas habité et n’a pas vocation à être terminé).

En guise de conclusion

En venant à Cal Earth, mon intention était d’une part de pouvoir me familiariser avec une façon de construire peu connue en France et aussi de ressentir l’espace intérieur des dômes.

Les abris sont conçus pour être temporaires, réalisés rapidement à moindre coût. Forcément ils sont petits et l’espace est un peu oppressant. Les maisons plus grandes suivent le même principe d’une construction fondée sur l’arc. J’apprécie les lignes et l’ambiance donnée par la terre, mais moins la forme de demi bulle où la courbure des murs écrase l’espace.

Ces techniques me paraissent cependant, au regard des besoins de l’écolieu, très intéressantes à utiliser en combinaison avec d’autres.

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