Porter une vision

« L’égo est le premier destructeur de valeur dans un projet. » *

Il y a dans ces quelques mots autant de bon sens, qu’une porte ouverte vers une grande confusion.

On évoque beaucoup, dans les milieux spirituels, cette nécessité de se libérer de l’emprise de l’égo, image mentale illusoire de ce que nous sommes, conditionnée par notre culture, notre famille, notre éducation; pour aller vers notre être, essence invisible et indestructible la plus profonde, soit notre véritable nature. Mal compris, l’égo peut prendre une connotation extrêmement négative que renforce la mouvance actuelle du « co » (COopérer, COcréer, COllectifs, etc.), dans une injonction à faire ensemble plutôt que de faire seul EGOïstement.

L’égo n’est ni bon ni mauvais. Il devient simplement destructeur quand il est notre seul moyen d’action et que nous nous identifions à lui.

Dans le cadre d’un projet, il est nécessaire de mettre son égo au service du projet pour le faire avancer. Cela ne signifie pas renoncer à son rôle irremplaçable de leader, mais plutôt que le projet n’est pas là pour servir des intérêts personnels. Grande différence.

Être visionnaire

« Faut-il que la vision soit élaborée par le leader seul ou avec un petit groupe de personnes choisies ou éventuellement avec tout le monde ? » 

Cette question revient souvent dans les échanges. Il y a peut-être autant de réponses que de personnes.

L’impulsion à l’origine du projet n’est pas donnée par tout un groupe. Dans ce premier stade embryonnaire, contenant l’essence du projet, une personne crée la vision-rêve et donne un sens au projet (direction, signification). Elle le partage avec toutes les personnes qui « vibrent » autour de cette vision et ont le désir de s’investir et contribuer. C’est un peu comme si elle posait une vibration initiale ou une note de musique, autour de laquelle les autres notes (les autres personnes) vont venir se placer pour créer une harmonique.

Individualité et coopération

Faire un projet organique et collectif, comme être une entreprise libérée, ne veut pas dire bannir l’organisation pyramidale pour celle en cercle, ni rejeter le leader pour la coopération. Le plus important est que chacun soit à sa « juste » place en intégrant la complexité des différents fonctionnements selon les besoins et la temporalité propre du projet.

En tant que porteur de projet, je suis connectée avec  mes aspirations profondes, mon propre courage, ma dimension d’être humain. Nous sommes une équipe capable d’aller plus loin en mettant en synergie nos talents, au sein de l’écosystème monde, dans un principe de responsabilité universelle.

En guise de conclusion

Seule la rencontre avec soi permet de rencontrer l’autre et le groupe.

Pour que le groupe soit fort, chacun doit vivre son individualité, se libérer des peurs de dépendance, des peurs du manque, des peurs de déplaire, du manque de confiance. C’est un lâcher-prise, de soi à soi, à partir duquel on peut rayonner, développer sa force de création et d’accomplissement.

 

  *Idriss Aberkane, enseignant, conférencier et essayiste.